
The hunting of the woodcock and its future.





Etude inédite , La première en Europe concernant l'impact des prélèvements femelles Bécasses à la chasse, sur la démographie de l'espèce .
BÉCASSE DES BOIS
Impact des prélèvements femelles
sur la démographie de l’espèce
Philippe Vignac
Chasseur de Bécasse — Chercheur indépendant
Juin 2026
Résumé opérationnel
Pour l’Europe, les données disponibles conduisent à un constat opérationnel clair : les prélèvements de
Bécasse des bois concernent plus souvent les femelles que les mâles, et ce biais doit être traité comme un
risque de gestion prioritaire.
Dès lors que la reproduction dépend du maintien d’un nombre suffisant de femelles adultes, cette
surreprésentation dans les prélèvements peut affecter directement la capacité de renouvellement de
l’espèce.
Ce diagnostic repose sur plusieurs sources convergentes : séries personnelles de longue durée, données
nationales et résultats publiés dans plusieurs pays européens. Toutes vont dans le même sens : les femelles
sont durablement surreprésentées parmi les oiseaux prélevés.
Trois constats clés
1. Le sex-ratio à la naissance est vraisemblablement proche de l’équilibre : autour de 50 % de mâles et
50 % de femelles. La population ne semble donc pas produire un excédent de femelles.
2. À l’échelle européenne, les prélèvements se situent en permanence entre 60 et 65 % de femelles,
contre 35 à 40 % de mâles : le déséquilibre est donc structurel et non marginal.
Rapporté aux estimations européennes de prélèvements, ce déséquilibre correspondrait à un surplus
annuel de 400 000 à 600 000 femelles : l’enjeu est donc démographiquement significatif.
Sur 25 saisons de chasse, l’autopsie systématique de 275 Bécasses prélevées par l'auteur en Gironde met
en évidence un sex-ratio moyen de 27 % de mâles pour 73 % de femelles, avec une stabilité relative d’une
année à l’autre.
Ce résultat est cohérent avec une seconde série de données, constituée entre 2015/2016 et 2020/2021 à
partir de 300 Bécasses autopsiées en Gironde et dans les Landes avec trois chasseurs spécialistes.
Dans ce second échantillon, le sex-ratio moyen observé est de 24 % de mâles pour 76 % de femelles, avec
là encore de faibles variations entre saisons.
À l’échelle locale, les données issues d’autopsies systématiques réalisées en Gironde et dans les Landes
montrent un déséquilibre encore plus marqué, avec 73 à 76 % de femelles parmi les oiseaux prélevés.
Ces deux séries indépendantes conduisent donc au même constat : les femelles sont durablement
surreprésentées dans les prélèvements.
Mécanisme explicatif
Les observations compilées suggèrent que les femelles arrivent les premières en migration post-nuptiale et
repartent les dernières en migration pré-nuptiale.
Elles fréquentent plus souvent les secteurs les plus favorables en ressources trophiques et tiennent
davantage l’arrêt que les mâles.
Ce différentiel comportemental, déjà signalé dans la littérature et confirmé par les séries présentées ici,
peut se traduire par une surmortalité récurrente des femelles potentiellement reproductrices.
Implications démographiques
Compte tenu de la biologie de l’espèce — polygamie, rôle exclusif de la femelle dans la couvaison et
l’élevage des jeunes, fenêtre de reproduction courte et productivité limitée — une surmortalité répétée des
femelles doit être considérée comme un signal direct pour le stock de reproductrices. En gestion, cela
signifie une approche de précaution et un ajustement des prélèvements tant que ce biais persiste.
Robustesse du constat
La solidité de ce constat repose sur la convergence de plusieurs sources indépendantes : séries
personnelles sur 25 saisons, données nationales CNB, résultats issus de plusieurs pays européens et
éléments complémentaires provenant d’études suisses fondées sur la bioacoustique et le sexage ADN.
Priorités d’action
• Immédiat : intégrer le biais sexuel des prélèvements comme indicateur de gestion à part entière dans
le protocole de suivi, en généralisant l’autopsie des prélèvements et le sexage ADN sur des
échantillons représentatifs des oiseaux capturés au baguage.
• Court terme : diminuer la période de chasse en ajustant les dates d’ouverture et de fermeture afin de
réduire l’exposition des femelles en début et en fin de saison.
• Court terme : réduire et harmoniser à la baisse le nombre de jours de chasse hebdomadaire aux
échelles nationales et européennes pour limiter la pression cumulée sur les femelles.
• Court terme : réviser à la baisse le prélèvement maximum autorisé (PMA) par saison tant que les
données disponibles confirment une surreprésentation des femelles dans les tableaux de chasse.
• Moyen terme : renforcer les surfaces de réserves favorables à la pose et à l’hivernage afin de
diminuer localement la vulnérabilité des femelles dans les zones les plus fréquentées.
• Moyen terme : mieux encadrer le tourisme cynégétique à l’échelle européenne.
En conclusion, les éléments réunis sont suffisamment convergents pour justifier une décision de gestion
prudente dès à présent. L’enjeu n’est plus seulement de documenter le biais sexuel des prélèvements, mais
d’en tirer des conséquences concrètes sur le suivi, l’effort de chasse et les réglementations, afin de
préserver durablement le stock de femelles reproductrices.